Quand l’hiver arrive à Marseille, certains sortent la doudoune. Medhi Benatia, lui, sort la tronçonneuse. Pendant que les supporters scrutaient les rumeurs d’arrivées, le directeur sportif de l’OM a surtout passé janvier à faire de la place. Beaucoup de place. Dans un vestiaire devenu trop serré, trop cher et parfois trop bruyant, le message venu d’en haut était limpide : on allège, on vend, on respire.
Frank McCourt, après un été où la Canebière avait vu débarquer presque une armée entière, a calmé le jeu. Cette fois, pas question d’empiler encore sans trier. L’OM devait redevenir un club qui calcule avant de rêver. Résultat : Benatia s’est mué en comptable rock’n’roll, capable de faire entrer de l’argent tout en redessinant l’effectif.
Et pendant que Marseille fermait la porte derrière plusieurs cadres ou paris ratés, quatre nouveaux visages ont quand même glissé par la fenêtre : Quinten Timber, Ethan Nwaneri, Himad Abdelli et Tochukwu Nnadi. Pas une révolution, mais un ajustement. Le vrai feuilleton, lui, s’est écrit côté départs.
Benatia sort la caisse enregistreuse
Sur la table du mercato, Medhi Benatia n’a pas joué au poker menteur. Il a mis ses cartes face visible : pour acheter, il fallait vendre. Et vendre intelligemment.
Marseille a d’abord transformé certains joueurs en lingots. Robinio Vaz a pris la direction de l’AS Rome contre un chèque qui fait sourire les comptables : environ 25 millions d’euros. Un départ qui a sonné comme un jackpot express pour un joueur encore en construction mais déjà très bankable.
Dans la foulée, Darryl Bakola a fait ses valises pour Sassuolo, laissant derrière lui une douzaine de millions d’euros. Un transfert discret, mais précieux dans l’équilibre financier. Même logique pour Angel Gomes, envoyé en Angleterre sous forme de prêt, avec une option d’achat bien sentie autour de 8 millions d’euros du côté de Wolverhampton.
Mais la vraie respiration vient aussi d’Italie. Ismaël Koné, qui n’avait jamais vraiment trouvé son costume sur la Canebière, a été cédé définitivement à Sassuolo pour environ 13 millions. Un dossier propre, sans drame, sans feuilleton Twitter, juste une ligne bien rangée dans le bilan.
Et puis il y a eu le cas Matt O’Riley. Un passage marseillais sans grand bruit, sans grands souvenirs non plus. Direction Brighton pour lui, comme une parenthèse qui se referme avant même d’avoir marqué les murs du Vélodrome.
Additionnez tout ça, et Marseille n’a pas seulement vendu des joueurs. Il a vendu du temps, de la masse salariale, des problèmes futurs.
Le vestiaire mis au régime sec
Mais Benatia ne s’est pas arrêté aux gros chèques. L’hiver marseillais, version 2026, ressemblait aussi à une séance de tri sélectif. Ceux qui coûtaient cher pour peu de rendement ont senti le courant d’air.
Ruben Blanco n’entendra plus résonner la Commanderie. Pol Lirola non plus, lui qui a choisi de relancer sa carrière du côté de l’Hellas Vérone après avoir été libéré. Deux salaires en moins, deux places dégagées dans un vestiaire qui en avait besoin.
Ulisses Garcia, lui, a préféré l’option italienne avec Sassuolo, sous la forme d’un prêt accompagné d’une option d’achat autour de 3 millions d’euros. Une porte entrouverte, sans obligation, mais avec une logique sportive claire : mieux vaut être titulaire ailleurs que figurant à Marseille.
Et puis il y a Neal Maupay. L’attaquant, parfois applaudi, parfois soupiré, a pris la direction de l’Espagne. Le FC Séville l’a accueilli en prêt avec une option d’achat avoisinant les 6 millions. Une manière élégante de dire au joueur comme au club : on teste la séparation avant de signer le divorce.
Tout ça ne fait pas toujours la une, mais ça change une saison. Moins de monde, moins de poids, plus de lisibilité.
Un OM plus léger, mais plus stratégique
Au final, ce mercato d’hiver n’a pas ressemblé à une fête, mais plutôt à un déménagement. On emballe, on jette, on revend, on garde l’essentiel. Marseille n’a pas fait rêver avec dix recrues clinquantes, mais il a rassuré en coulisses.
Entre ventes définitives, prêts payants et options bien négociées, l’OM s’approche d’une rentrée globale dépassant les 60 millions d’euros. Ce n’est pas qu’un chiffre. C’est une marge de manœuvre. C’est la possibilité de préparer l’été sans stress, sans bricolage, sans panique de dernière minute.
Avec Timber, Nwaneri, Abdelli et Nnadi, Benatia ne cherche pas à remplir le vestiaire, mais à l’équilibrer. Moins de noms, plus de cohérence. Moins de salaire dormant, plus de concurrence réelle.
À Marseille, le mercato d’hiver est souvent synonyme de bricolage. Cette fois, il a ressemblé à un plan. Un vrai. Pas spectaculaire, mais structurant.
Le Vélodrome, lui, ne voit pas encore toutes les lignes du tableau Excel. Mais sur la durée, ce grand ménage pourrait bien être l’un des tournants silencieux de la saison phocéenne. Moins de bruit, plus d’impact. Et parfois, dans le football moderne, c’est exactement ce qui fait la différence.
